Rolebase

La checklist pour mettre en place une structure horizontale

Quinze points à cocher, chacun avec son test de fin et ce qui casse si vous le sautez, plus les six lignes à retirer de la liste.

7 mars 2025

Mis à jour le 28 juillet 2026

Points clés
  • Un point de checklist qui ne dit pas comment savoir qu'il est fait ne se coche pas. Les quinze points ci-dessous portent chacun leur test de fin.
  • Écrivez les rôles et la liste de ce qui reste fermé avant de retirer le moindre poste.
  • Une règle par type de décision, un seuil de dépense chiffré et une porte d'entrée pour les désaccords tiennent les six premiers mois.
  • Six lignes des checklists habituelles ne méritent pas votre temps, à commencer par l'audit de culture et la date de bascule générale.

La plupart des checklists d'organisation horizontale alignent des intentions : communiquer de façon transparente, développer la confiance, responsabiliser les équipes. Personne ne coche ces lignes. Personne ne dit non plus, six mois après, si elles ont été faites.

Un point de checklist utile dit trois choses : ce qu'on fait, comment on sait que c'est fait, et ce qui casse quand on le saute. Les quinze points ci-dessous suivent ce format. Ils déroulent la séquence expliquée dans réussir la transition vers un management horizontal, qui détaille pourquoi l'ordre est celui-là. Comptez six mois pour une équipe pilote.

Avant de toucher à l'organigramme (semaine 1)

  1. Notez trois chiffres de départ. Datez les dix derniers sujets remontés par l'équipe, du moment où quelqu'un a signalé le problème au moment où quelque chose a changé, et gardez la médiane. Demandez ensuite à cinq personnes qui a tranché la dernière dépense supérieure à 5 000 euros. Regardez enfin ce qui s'empile quand un manager s'absente trois semaines. C'est fait quand les trois chiffres sont écrits et datés dans un document que l'équipe rouvrira dans six mois. Sans eux, la seule évaluation disponible à l'arrivée sera l'impression de chacun, et l'impression donne raison à celui qui parle le mieux.

  2. Écrivez la liste de ce qui reste fermé : la paie, les obligations légales, la sécurité, les engagements contractuels signés, et tout ce que vous préférez garder en haut pour l'instant. C'est fait quand la liste tient sur une page, qu'elle porte le nom de la personne qui l'assume, et que toute l'équipe peut la lire. Une frontière écrite rend crédible tout ce qui est ouvert à côté. Une frontière implicite se découvre le jour où une décision remonte en urgence, et ce jour-là l'équipe conclut que l'autonomie s'arrête où ça devient sérieux.

  3. Choisissez une équipe volontaire plutôt que l'entreprise entière. Richard Hackman écrivait dans Leading Teams (2002) qu'aucune équipe de travail ne devrait atteindre un effectif à deux chiffres, avec une préférence pour six personnes. Bill Gore, cité par Malcolm Gladwell dans The Tipping Point, plafonnait ses usines à 150 salariés parce qu'au-delà « les choses deviennent maladroites ». C'est fait quand l'équipe a dit oui en réunion, qu'une personne nommée porte l'expérimentation, et qu'une date de bilan figure dans les agendas. Une bascule simultanée demande à chacun d'apprendre un système et de continuer à produire le même jour, ce qui est exactement le mur qu'ont pris Zappos en 2015 et Medium en 2016.

Écrire la structure (semaines 2 à 6)

  1. Partez du travail réel plutôt que des postes. Pendant deux semaines, chacun note ce qu'il fait, sans regarder sa fiche de poste. Les activités absentes de l'organigramme sont celles qui vous intéressent : la personne qui relance les impayés, celle qui accueille les nouveaux, celle qui arbitre entre deux clients pressés. C'est fait quand la liste contient au moins trois activités que personne n'aurait devinées en lisant l'organigramme. Partir des postes existants reproduit la même hiérarchie avec des mots neufs, et c'est le mode d'échec le plus difficile à repérer de l'intérieur, parce que chacun y retrouve sa place.

  2. Regroupez ces activités en rôles, avec les mêmes trois champs pour tous. La Constitution de l'holacratie définit un rôle par sa raison d'être, son domaine, c'est-à-dire ce que son titulaire contrôle seul, et ses redevabilités, les activités que les autres attendent de lui. C'est fait quand, pour chaque rôle, la question « qui décide de ça sans demander ? » se règle en pointant une ligne écrite. Un rôle sans domaine reste un titre, et un titre laisse les décisions circuler comme avant. Voir comment définir des rôles et ce qui sépare un rôle d'une fiche de poste.

  3. Mettez un nom en face de chaque rôle. Une personne en tient plusieurs, c'est le fonctionnement attendu. C'est fait quand chaque rôle a un titulaire, ou quand les rôles vacants portent une date de revue. Un rôle vacant est repris de fait par la personne la plus disponible, qui est rarement la plus indiquée, et l'équipe s'en aperçoit au premier incident.

  4. Chassez les orphelins et les doublons. Reprenez les vingt dernières décisions de l'équipe et demandez quel rôle les aurait prises. C'est fait quand chaque décision de la liste trouve un rôle, et quand les cas où trois rôles lèvent la main sont tranchés dans la même séance. Le travail que personne ne porte revient à celui qui parle le plus fort, mécanisme que Jo Freeman décrivait dès 1972 dans The Tyranny of Structurelessness et que l'article sur l'entreprise libérée reprend à partir des travaux français.

Nommer qui décide quoi (semaines 4 à 8)

  1. Posez une règle par type de décision, dans un tableau que chacun peut relire.
Type de décisionQui trancheCe qu'on garde
Dans le domaine d'un rôleSon titulaire, seulUne ligne dans la discussion du rôle
Sur plusieurs rôlesConsentement des rôles concernésLa décision et les objections levées
Création, modification ou suppression d'un rôleRéunion de gouvernanceLa proposition et son résultat
Sujet de la liste fermée du point 2La directionLa décision et son motif, annoncés

C'est fait quand une personne extérieure à l'équipe classe correctement cinq questions réelles avec ce tableau sous les yeux. Sans règle nommée, chaque sujet rejoue d'abord le débat sur qui a le droit de trancher, et la réunion double de durée pour un résultat identique. Le consentement demande l'absence d'objection argumentée, ce qui reste plus facile à obtenir que l'accord enthousiaste de tous.

  1. Chiffrez le seuil de dépense qu'un rôle engage seul. Un seul nombre, écrit et connu de tous, suffit. Au-dessus, le titulaire décide encore, après avoir sollicité l'avis des personnes concernées et de celles qui s'y connaissent. Ce mécanisme vient de Dennis Bakke, qui l'a installé chez AES, le groupe électrique qu'il a cofondé en 1981, avant que Frédéric Laloux ne le popularise sous le nom de processus de sollicitation d'avis. C'est fait quand la dernière dépense de l'équipe est passée par la nouvelle règle sans que personne demande d'autorisation. Les équipes testent l'argent en premier, et une autonomie qui s'arrête au premier bon de commande se lit comme un slogan.

  2. Nommez l'endroit où l'on pose un désaccord entre deux réunions. L'holacratie appelle tension l'écart entre ce qu'un rôle produit et ce qu'il pourrait produire, et le guide sur la remontée d'une tension décrit le geste. C'est fait quand trois tensions au moins ont été posées par écrit le premier mois, par au moins deux personnes différentes. Un désaccord sans porte d'entrée passe par le couloir, ce qui avantage ceux qui ont le plus de temps et le meilleur carnet d'adresses.

Faire tourner (mois 2 à 6)

  1. Ouvrez une réunion de gouvernance mensuelle, une à deux heures. C'est là que les rôles se créent, se modifient et disparaissent. C'est fait quand la première séance produit au moins un changement de rôle appliqué le jour même. Sans ce rendez-vous, l'organigramme se fige en trois mois et l'écart avec le travail réel se creuse pendant que chacun le constate sans avoir de moment pour le dire.

  2. Séparez la gouvernance de l'opérationnel. La réunion tactique traite le travail en cours, la gouvernance traite la structure. C'est fait quand, sur le mois écoulé, aucun point opérationnel n'a modifié un rôle. Mélanger les deux fait dériver la structure pendant les points d'avancement, sans proposition et sans trace, et l'organigramme cesse de décrire ce qui se passe.

  3. Choisissez l'endroit qui fait foi. La structure a une seule source de vérité, qui garde la trace de chaque changement. C'est fait quand on retrouve en moins d'une minute qui a créé un rôle donné, à quelle date et à la suite de quelle décision. Au bout d'un an sans historique, un nouvel arrivant ne distingue plus ce qui a été décidé de ce qui a dérivé, et personne dans l'équipe ne peut le lui dire.

Regarder ce qui s'est passé (mois 6)

  1. Refaites les trois mesures du point 1. Comptez en plus, chaque mois en réunion de gouvernance, les décisions remontées d'un cran faute de mandat clair. C'est fait quand le délai médian de décision est comparé, chiffre contre chiffre, avec celui de la semaine 1. Un écart nul reste une information utile : soit la structure est trop récente, soit le goulot se trouve ailleurs que dans la hiérarchie, et le second cas mérite d'être su avant d'étendre.

  2. Demandez aux anciens managers ce qu'ils font maintenant. C'est fait quand chacun nomme les rôles qu'il tient et cite au moins une décision qu'il prend seul. Un manager à qui on retire son poste sans lui en proposer un autre défendra l'ancien modèle, ce qui est rationnel, et il en a généralement les moyens.

Lamp On Astuce

Les treize premiers points se font au tableau blanc et dans un document partagé. Un outil devient utile quand la structure bouge assez souvent pour que le document partagé décroche, ce qui arrive en général entre le troisième et le sixième mois.

Les six lignes à retirer de la liste

L'audit de culture coûte cher, prend deux mois et confirme le plus souvent ce que son commanditaire pensait déjà. Les trois mesures du point 1 tiennent en une demi-journée et donnent des chiffres comparables dans un an.

L'atelier valeurs n'a jamais déplacé une décision. Écrire « bienveillance » sur un mur laisse intact le circuit de validation d'une dépense, alors que le point 9 le change en une phrase.

La date de bascule pour toute l'entreprise demande à chacun d'apprendre un système et de continuer à produire le même jour. Le point 3 dit quoi faire à la place.

Le renommage des équipes, de « service » à « squad » ou de « chef de projet » à « facilitateur », sans toucher à qui signe quoi, produit du cynisme, et le cynisme se défait plus lentement qu'une hiérarchie.

Le choix de l'outil en premier vous fera remplir des rôles que vous n'avez pas encore écrits, et vous les remplirez en recopiant l'organigramme existant.

La formation au leadership partagé sert au mois quatre, quand les participants apportent des cas réels. Au mois zéro, elle produit des notes que personne ne relit.

Ce qu'on nous objecte

« Sans hiérarchie, ça finit en politique de couloir. » C'est ce qui arrive quand on retire la ligne hiérarchique sans écrire la structure. Valve reste l'exemple le plus cité. Son manuel interne de 2012 décrit une entreprise sans chefs, et plusieurs anciens salariés, dont Jeri Ellsworth et Rich Geldreich, ont décrit publiquement une couche de management officieuse où l'influence se gagne auprès des bons parrains. Les points 5, 8 et 10 répondent à ça. Ils demandent de l'écrit plutôt que de la confiance.

« On va passer notre vie en réunion. » La première année ajoute une réunion de gouvernance mensuelle d'une à deux heures. En face disparaissent les allers-retours de validation, qui ne figurent dans aucun agenda et pèsent plus lourd. Le point 14 vous dira lequel des deux l'emporte chez vous, ce que personne ne peut prédire à votre place.

« De toute façon le dirigeant continuera de trancher. » Sur la liste du point 2, c'est son travail. La difficulté commence quand il tranche sur un sujet qu'il avait annoncé ouvrir, et un seul cas suffit pour que l'équipe cesse de croire au reste. C'est la raison pour laquelle cette liste s'écrit avant, plutôt qu'au fil de l'eau.

« Notre métier ne s'y prête pas. » Parfois vrai. Un bloc opératoire, un cockpit et une équipe d'intervention ont besoin d'une chaîne de commandement au moment de l'action. Ces mêmes organisations écrivent des rôles et des domaines pour tout le reste, et le reste occupe l'essentiel des heures.

Ce que Rolebase coche dans cette liste

Rolebase porte les points 5, 6, 8, 11, 12 et 13. Chaque rôle a sa raison d'être, son domaine, ses redevabilités, sa checklist et ses indicateurs, et l'organigramme se réorganise en glisser-déposer. Un écran dédié liste les rôles vacants, ce qui règle le point 6 en un coup d'œil. Les propositions se votent au consentement, à l'unanimité ou à la majorité, simple ou absolue, avec une date limite, et une proposition acceptée applique elle-même les changements d'organigramme qu'elle contenait avant d'en garder une décision datée. Chaque modification s'inscrit dans un journal d'activité où l'on voit le détail du changement et où l'on peut l'annuler.

Trois modes de gouvernance déterminent qui modifie quoi : édition libre pour tous, édition réservée au responsable de chaque rôle, ou passage obligatoire par une proposition. Les réunions suivent des modèles réutilisables, se répètent, et leurs étapes « checklist » et « indicateurs » reprennent directement les champs du rôle concerné. La synchronisation se fait avec Google Agenda, Outlook et tout calendrier iCal. Les discussions et les tâches se rattachent à un rôle plutôt qu'à une personne. L'organisation s'exporte en XLSX ou en JSON, l'organigramme en PNG, et une structure venue d'Holaspirit s'importe telle quelle. Le code est publié sous licence MIT et hébergeable chez vous. Le produit est gratuit jusqu'à cinq membres actifs, puis facturé 5 € par utilisateur et par mois.

Les points 1, 4 et 14 se font hors outil, et la messagerie d'équipe reste dans Slack ou Teams. La revue des outils pour équipes horizontales situe chaque catégorie sur son terrain.

La Scop EVEA illustre bien le point 13. Sa gouvernance partagée existait déjà, mais en passant de 60 à 140 personnes sur trois sites entre 2020 et 2023, le support tenu à la main avait cessé de suivre.

Questions fréquentes

Combien de temps prend cette checklist ?

Comptez six mois pour une équipe pilote de 5 à 40 personnes : une semaine de mesures et de cadrage, quatre à cinq semaines pour écrire les rôles, quatre semaines pour poser les règles de décision, puis quatre mois de fonctionnement avant le premier bilan chiffré. Les points 11 à 13 continuent ensuite indéfiniment, puisque la structure d'une organisation horizontale bouge en permanence.

Faut-il écrire tous les rôles de l'entreprise avant de commencer ?

Écrivez les rôles d'une seule équipe. Une carte complète de l'organisation prend des mois, vieillit pendant qu'on la fabrique, et arrive trop tard pour que quiconque se souvienne du problème qu'elle devait résoudre. Une équipe qui tourne six mois avec quinze rôles écrits donne des chiffres à comparer et une histoire interne qui convainc mieux qu'une note de direction.

Que faire d'un rôle que personne ne veut tenir ?

Trois causes sont possibles, à examiner dans cet ordre : le rôle mélange des activités qui n'ont rien à faire ensemble, il n'a pas de domaine réel et se résume à exécuter les décisions d'autrui, ou le travail lui-même n'intéresse personne. Le troisième cas demande une décision franche sur l'existence du rôle. En attendant, marquez-le vacant avec une date de revue plutôt que de le confier par défaut à la personne qui a le moins su dire non.

Peut-on tenir tout ça dans un tableur ?

Oui, et c'est la bonne façon de commencer. Un tableur suffit tant que la structure change moins d'une fois par mois et qu'une seule personne le tient à jour. Il décroche quand deux versions circulent par mail, quand l'historique des changements se limite aux couleurs de cellules, ou quand il faut cinq minutes pour répondre à « qui décide de ça ? ».

Comment savoir si la structure horizontale a vraiment pris ?

Le signe le plus fiable est le nombre de décisions qui remontent d'un cran faute de mandat clair, compté chaque mois en réunion de gouvernance. Quand ce nombre baisse et que le délai médian de décision du point 1 baisse avec lui, la structure décrit le travail. Quand il reste stable pendant que tout le monde déclare que ça se passe bien, les rôles existent sur le papier et l'ancienne chaîne de validation tourne toujours en dessous.

Par où commencer demain

Les points 1, 2 et 3 tiennent dans une journée. Vous en sortirez avec trois chiffres notés, une page qui dit ce qui reste fermé, et une équipe qui a dit oui. Aucun des douze points suivants ne fonctionne si ces trois-là manquent.

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