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Comment définir un rôle : méthode, exemples et pièges

Raison d'être, domaine, redevabilités : écrire un rôle qui tient dans le temps, avec des exemples réels et les erreurs qui le vident de son sens.

6 mars 2025

Mis à jour le 28 juillet 2026

Points clés
  • Un rôle tient sur trois pièces : une raison d'être qui donne une direction, un domaine sur lequel il décide seul, des redevabilités qui décrivent des activités continues.
  • Une redevabilité décrit une activité qui se répète. Dès qu'elle porte une échéance ou un chiffre, c'est une tâche ou un objectif, et elle sera fausse dans trois mois.
  • Une raison d'être qui reformule le nom du rôle est à réécrire. Elle doit permettre d'arbitrer une décision que le nom seul ne tranche pas.
  • Les quatre verbes qui abîment le plus une redevabilité sont garantir, collaborer, superviser et valider.
  • Un rôle que personne ne tient et un rôle qui recouvre un poste entier produisent le même résultat : plus personne ne sait qui fait quoi.

Un rôle décrit un travail. Une fiche de poste décrit un contrat, et finit dans un tiroir. Un rôle vit dans l'organigramme, il change quand le travail change, et une même personne en tient souvent quatre ou cinq.

Écrire un rôle prend vingt minutes. Écrire un rôle qui sert encore six mois plus tard demande une méthode et beaucoup de discipline sur les formulations. La trame ci-dessous s'appuie sur des rôles réellement écrits, ceux qui tiennent et ceux qui s'effondrent.

Les trois pièces d'un rôle

L'holacratie a formalisé le format le plus repris. La constitution v5.0 pose qu'une définition de rôle comprend « une raison d'être à exprimer, des redevabilités à considérer et à réaliser, et/ou des domaines à contrôler ». La sociocratie utilise le même découpage avec un vocabulaire proche, où le domaine délimite l'autorité d'un rôle et où la raison d'être s'appelle souvent l'objectif.

Trois pièces, donc, et une seule est obligatoire en pratique : les redevabilités.

La raison d'être

La constitution définit la raison d'être comme « une capacité, un potentiel ou un but inatteignable que le rôle va poursuivre ou exprimer au nom de l'organisation ». Le mot qui compte est « inatteignable ». Une raison d'être ne se coche jamais. Elle donne une direction que le rôle poursuit sans la refermer.

Cette raison d'être, écrite pour un rôle Support, fonctionne :

Des clients qui obtiennent une réponse utile plus vite qu'ils ne l'espéraient.

Celle-ci, qu'on lit neuf fois sur dix, échoue :

Assurer le support client.

La seconde paraphrase le nom du rôle. Elle répète ce que le nom dit déjà et laisse tous les arbitrages ouverts. Le test tient en une question : si vous pouvez deviner la raison d'être en lisant seulement le nom du rôle, réécrivez-la. Une bonne raison d'être doit trancher un arbitrage. « Plus vite qu'ils ne l'espéraient » dit au rôle Support que le délai passe avant l'exhaustivité de la réponse, ce que le nom du rôle ne disait pas.

Le domaine

Un domaine est « un actif, un processus ou toute autre chose que le rôle peut contrôler et réguler de manière exclusive, comme sa propriété, pour sa raison d'être ». C'est une autorité exclusive, et pas seulement une zone d'influence. Qui veut y toucher demande la permission.

Des domaines qui marchent, parce qu'on peut dire si un objet en fait partie ou non :

  • Le compte de la marque sur les réseaux sociaux
  • La grille tarifaire publiée
  • Le dépôt de code du site public

« La communication » échoue au test. Personne ne sait où ce domaine commence et où il s'arrête, donc tout le monde continue de demander à tout le monde.

Le domaine reste facultatif. Beaucoup de rôles vivent très bien avec une raison d'être et des redevabilités. Créez un domaine le jour où une décision reste bloquée faute de savoir qui tranche, pas avant.

Les redevabilités

Une redevabilité est une activité continue attendue du rôle par les autres rôles. HolacracyOne insiste sur la forme : en anglais, une redevabilité commence par un verbe en -ing, ce qui force la continuité. En français, l'infinitif joue le même rôle, à condition de vérifier que l'activité se répète.

Pour un rôle Recrutement, ces trois redevabilités tiennent :

  • Rédiger et publier les annonces des postes ouverts
  • Répondre à chaque candidature sous cinq jours ouvrés
  • Tenir à jour le vivier des candidats rencontrés

Ces deux-là sont à réécrire :

  • Recruter trois développeurs d'ici juin
  • Améliorer la marque employeur

La première est une tâche avec une échéance. Elle sera vraie en juin et fausse en juillet, et il faudra rouvrir la définition du rôle pour la corriger. Les tâches se suivent dans une liste de tâches, les objectifs chiffrés dans un tableau d'indicateurs. La seconde formule un souhait sans décrire d'activité, et un lundi matin personne ne sait quoi faire pour l'honorer.

Quatre verbes qui vident une redevabilité

Olivier Compagne, de HolacracyOne, a publié en 2014 la liste des pièges les plus fréquents dans l'écriture des redevabilités. Douze ans plus tard, ce sont toujours les mêmes.

Garantir et assurer imposent un résultat que le rôle ne contrôle pas seul. « Garantir 20 % de croissance du chiffre d'affaires » n'est pas une activité, c'est un objectif déguisé. Décrivez ce que le rôle fait : « Générer la demande pour nos produits et conclure les ventes ».

Collaborer avec et travailler avec ne disent rien de ce qui se passe réellement. Nommez la forme exacte de la collaboration : intégrer les objections, prendre en compte les suggestions, transmettre une information à date fixe.

Superviser, manager et piloter réintroduisent un lien hiérarchique là où on cherche justement à le retirer. Soutenir, assister ou coacher décrivent ce que la personne fait vraiment de ses journées.

Valider et approuver relèvent du domaine plutôt que de la redevabilité. Si un rôle doit avoir le dernier mot sur quelque chose, mettez cette chose dans son domaine et la question est réglée.

« L'holacratie nous pousse à penser différemment la façon dont l'autorité et la redevabilité circulent entre les rôles. » Olivier Compagne, HolacracyOne

L'organisation horizontale en vidéo

Trois pièges de structure

Les formulations se corrigent en relisant. Les erreurs de découpage, elles, se paient pendant des mois.

Le rôle qui recouvre un poste entier

« Responsable marketing » avec neuf redevabilités qui vont du budget publicitaire à l'organisation du séminaire annuel, c'est une fiche de poste déguisée. Le rôle est trop gros pour être partagé, trop gros pour être quitté, et personne d'autre ne peut en reprendre un morceau.

Le signe le plus fiable est le nom lui-même. Un rôle qui porte le nom d'un métier recouvre un poste, un rôle qui porte le nom d'une responsabilité reste tenable. Découpez « Responsable marketing » en « Acquisition payante », « Contenu éditorial » et « Événements », et trois personnes différentes peuvent les tenir, les échanger, ou en laisser un vacant en assumant le choix.

Buurtzorg, l'organisation néerlandaise de soins à domicile, pousse ce découpage loin. Ses équipes d'infirmiers, plafonnées à douze personnes, se répartissent six rôles en plus du soin lui-même, dont le planificateur, l'informateur, l'intendant et le mentor chargé de l'arrivée des nouveaux. Ces six rôles tournent régulièrement entre les membres de l'équipe. L'organisation compte environ 14 000 salariés et une cinquantaine de personnes au siège, sans encadrement intermédiaire.

Le rôle fantôme

Il naît en réunion de gouvernance, parce qu'il faut bien que quelqu'un s'occupe du sujet, et il n'est attribué à personne. Six mois plus tard il est toujours dans l'organigramme, toujours vide, et l'équipe a pris l'habitude de contourner le trou.

Deux remèdes. Attribuez le rôle dans la réunion qui le crée, sinon supprimez-le et gardez la tension ouverte pour la fois suivante. Et passez en revue les rôles vacants à chaque revue d'organigramme : un rôle vide depuis un trimestre décrit un travail que personne ne fait, ce qui est une information en soi.

La raison d'être qui recopie le nom

Le sujet est traité plus haut, et il mérite sa place ici parce que le défaut est contagieux. Quand le premier rôle d'un organigramme est écrit « Assurer le support client », les trente suivants le sont aussi, et l'organigramme devient une liste de titres avec du remplissage en dessous. Écrivez le premier rôle très soigneusement, il donne le ton à tous les autres.

Attribuer le rôle, puis le faire vivre

Un rôle sans titulaire ne clarifie rien, et un titulaire désigné d'office se retrouve avec un travail qu'il n'a pas choisi.

Samantha Slade, autrice de Going Horizontal, décrit une attribution en deux temps : chacun se reconnecte d'abord aux rôles qu'il tient déjà, puis l'équipe procède par invitations et réactions avant de valider ensemble. Elle recommande aussi de confier un rôle à une seule personne, parce qu'un rôle partagé à trois redevient flou.

« Un rôle n'appartient pas à une personne mais à l'équipe, à la division ou à l'organisation. Vous ne possédez pas un rôle, vous en prenez soin pendant un temps. » Samantha Slade

L'élection sans candidat formalise cette attribution quand plusieurs personnes conviennent pour un rôle. Pour les rôles d'animation élus par le cercle, comme le facilitateur ou le secrétaire, voir la réunion de gouvernance.

Ensuite, la définition évolue. Une réunion de gouvernance régulière est l'endroit où l'on amende une redevabilité, où l'on découpe un rôle devenu trop gros, où l'on archive celui qui ne sert plus. Le déclencheur reste la tension vécue par quelqu'un, jamais une revue annuelle programmée.

La place de la matrice RACI

Elle clarifie qui fait quoi sur un livrable donné, avec quatre étiquettes pour chaque ligne d'un tableau. C'est utile sur un projet, et ça reste complémentaire d'une définition de rôle. Un RACI décrit une répartition à un instant donné, meurt avec le projet, et se refait entièrement au projet suivant. Un rôle survit aux projets et aux personnes qui le tiennent.

Si vous partez de zéro et que vos rôles n'existent pas encore, un RACI sur deux ou trois projets récents fait un bon inventaire de départ : il révèle les décisions qui remontent toujours à la même personne, et celles que personne n'assume. Convertissez ensuite les lignes récurrentes en redevabilités.

Écrire ses rôles dans Rolebase

Dans Rolebase, tout est un rôle : un rôle qui contient d'autres rôles devient une équipe, sans rien convertir. Chaque rôle porte une raison d'être, un domaine, des redevabilités, une checklist, des indicateurs et des notes libres. La checklist et les indicateurs alimentent directement les étapes correspondantes des réunions.

Ce qui aide concrètement à tenir les définitions dans le temps :

  • Un rôle peut être marqué comme rôle de base, c'est-à-dire une définition partagée réutilisable à plusieurs endroits de l'organigramme. La modifier met à jour tous les endroits où elle sert. C'est pratique pour les rôles récurrents comme Secrétaire ou Facilitateur.
  • Un rôle qui a divergé de sa définition partagée se sépare du rôle de base et obtient sa propre copie, sans toucher aux autres.
  • L'option « Représente son rôle parent » modélise le premier lien ou le second lien de l'holacratie, un délégué en sociocratie, ou n'importe quel représentant.
  • La liste des rôles vacants montre en un clic les rôles que personne ne tient.
  • L'archivage conserve l'historique du rôle et de tout ce qu'il contient, au lieu de supprimer.
  • Un générateur remplit raison d'être, domaine et redevabilités à partir du nom du rôle et du contexte de son parent, à relire et corriger avant d'accepter.

À la création d'une organisation, vous choisissez un modèle de gouvernance (classique, holacratie v4 ou v5, sociocratie) et les rôles de base correspondants arrivent déjà rédigés. La documentation sur les rôles détaille chaque option, et le guide de mise en place de l'holacratie donne l'ordre dans lequel les poser.

Questions fréquentes

Combien de redevabilités pour un rôle ?

Entre trois et sept. En dessous de trois, le rôle est probablement un fragment qui gagnerait à rejoindre un rôle voisin. Au-delà de sept, il recouvre un poste et il faut le découper. Traitez ces bornes comme un signal de relecture plutôt que comme une règle.

Une même personne peut-elle tenir plusieurs rôles ?

Oui, et c'est le fonctionnement normal. Une personne tient couramment quatre ou cinq rôles répartis dans plusieurs équipes. C'est précisément ce qui distingue un rôle d'une fiche de poste : le rôle se réattribue sans toucher au contrat de travail ni au poste occupé.

Faut-il un domaine pour chaque rôle ?

Le domaine reste facultatif. Il donne une autorité exclusive sur un actif ou un processus, et beaucoup de rôles fonctionnent très bien avec une raison d'être et des redevabilités. Ajoutez un domaine quand une décision reste bloquée parce que personne ne sait qui tranche.

Quelle différence entre une redevabilité et une tâche ?

Une redevabilité est une activité continue, sans date de fin : « Répondre à chaque candidature sous cinq jours ouvrés ». Une tâche est une action ponctuelle avec une échéance : « Publier l'annonce du poste de développeur avant vendredi ». Une redevabilité génère des tâches, et la relation va toujours dans ce sens.

À quelle fréquence réviser les rôles ?

Révisez un rôle quand quelqu'un ressent une tension sur lui. Une réunion de gouvernance mensuelle donne l'espace pour traiter ces tensions au fil de l'eau. Une revue annuelle arrive systématiquement trop tard : entre deux revues, l'équipe s'est déjà arrangée dans son coin et l'organigramme ne décrit plus le travail réel.

Par où commencer

Prenez un seul rôle, celui qui pose le plus de problèmes de frontières en ce moment. Écrivez sa raison d'être en une phrase qui ne recopie pas son nom, listez trois à cinq redevabilités à l'infinitif, ajoutez un domaine seulement si une décision précise est bloquée. Faites-le relire par la personne qui tient le rôle et par celle qui s'en plaint le plus. Vous aurez le format, et les vingt-neuf rôles suivants iront beaucoup plus vite.

Pour le contexte plus large, l'article sur les rôles face aux fiches de poste explique pourquoi ce format remplace l'organigramme de postes, et la page fonctionnalités montre comment Rolebase relie les rôles aux réunions et aux décisions.

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