Circle Lead : l'autorité réelle d'un leader de cercle
Le Lead Link s'appelle Circle Lead depuis 2021. Ce que la constitution lui donne, où s'arrête son autorité, et comment un manager vit la bascule.
14 avril 2025
Mis à jour le 28 juillet 2026
- La constitution 5.0, publiée en juin 2021, a renommé le Lead Link en Circle Lead et le Rep Link en Circle Rep.
- Le Circle Lead assigne les rôles de son cercle, arbitre les priorités et couvre les rôles vacants. Les six redevabilités fixes du Lead Link version 4.1 ont disparu du texte.
- Tout changement de structure passe par le processus de gouvernance, où le Circle Lead compte pour une voix parmi les membres du cercle.
- Un cercle peut retirer à son Circle Lead n'importe laquelle de ses autorités en la plaçant sur un autre rôle, article 1.4.5.
Un manager passe en holacratie et devient Circle Lead. Trois semaines plus tard, un développeur de son cercle lui répond que le choix de la base de données appartient à son rôle, et que l'avis du Circle Lead a le même poids que celui de n'importe qui. Le manager trouve ça déroutant, et le développeur a raison sur le fond.
Le rôle détient une autorité réelle, et la constitution énumère précisément sur quoi elle porte. Elle porte sur beaucoup moins de choses qu'un poste de manager. Cet article reprend la liste article par article, puis pose la question qui fâche, celle du pouvoir qui se reconcentre sur la personne qui reste.
Lead Link est devenu Circle Lead en 2021
HolacracyOne a publié la version 5.0 de la constitution en juin 2021. Elle renomme deux rôles d'un coup. Le Lead Link, traduit en français par premier lien, devient le Circle Lead. Le Rep Link, ou second lien, devient le Circle Rep.
Le changement de vocabulaire compte, parce que la plupart des contenus francophones sur le sujet, supports de formation et menus de logiciels compris, parlent encore de premier lien et de second lien.
La constitution 5.0 emploie quatre noms de rôles constitutionnels : Circle Lead, Circle Rep, Facilitator et Secretary. Premier lien et second lien sont des traductions héritées de la version 4.1, encore compréhensibles à l'oral. « First link » et « second link » n'ont jamais figuré dans le texte, quelle que soit la version.
Le nom change, et le contenu du rôle aussi. En version 4.1, l'annexe A donnait au Lead Link six redevabilités écrites : structurer la gouvernance du cercle, assigner les personnes et suivre l'adéquation, allouer les ressources, poser les priorités et les stratégies, définir les indicateurs, lever dans le cercle les contraintes qui limitent le cercle englobant. Elle lui donnait aussi un domaine, les assignations de rôles. La version 5.0 a supprimé cette liste. Le Circle Lead Role porte désormais la raison d'être du rôle qui le contient, et les redevabilités de ce rôle que les autres rôles du cercle ne couvrent pas encore.
Dans cette vidéo, Bernard Marie Chiquet, fondateur d'iGi Partners, présente le fonctionnement d'ensemble et la place des rôles constitutionnels.
Ce que le Circle Lead décide
Occuper un rôle fait de vous son Role Lead. L'intérieur de ce rôle est un cercle, et vous en devenez automatiquement le Circle Lead. La constitution attache quatre autorités à cette position.
| Article | Ce que le Circle Lead peut faire |
|---|---|
| 1.4.1 | Assigner n'importe quel rôle du cercle à qui accepte de le tenir, y compris à plusieurs personnes en même temps, et révoquer une assignation à tout moment |
| 1.4.1 | Restreindre une assignation à un contexte précis, chaque focus fonctionnant alors comme un rôle distinct |
| 1.4.2 | Tenir automatiquement tout rôle vacant du cercle, tant que personne ne l'occupe |
| 1.4.3 | Trancher les conflits de priorité entre rôles et publier une ou plusieurs stratégies pour guider ces arbitrages |
| 1.4.4 | Rediriger vers un autre rôle du cercle toute référence externe qui vise le cercle |
L'autorité d'assignation lui appartient en propre. L'article 1.4.1 précise que personne d'autre ne peut assigner ni révoquer un rôle dans le cercle, jusqu'à ce que le cercle délègue ce pouvoir à un autre rôle ou à un autre processus.
Les priorités mordent plus fort qu'il n'y paraît. L'article 2.3 (c) demande à chaque partner de traiter les priorités officielles d'un cercle comme plus importantes que son propre jugement des priorités de l'organisation. Et les priorités officielles d'un cercle sont celles que définit un Circle Lead. Un modèle qui distribue l'autorité conserve donc une personne capable de dire à toute une équipe sur quoi elle travaille en premier.
Où s'arrête son autorité
La structure lui échappe. L'article 5.2 énumère les seules sorties valides d'un processus de gouvernance : définir, amender ou supprimer les rôles et les politiques du cercle, déplacer rôles et politiques entre un cercle et un sous-cercle, tenir les élections. Créer un rôle ou modifier une redevabilité passe donc par la réunion de gouvernance. Le Circle Lead y siège comme membre du cercle au même titre que les autres Role Leads, article 5.1, et sa voix compte pour une. Le facilitateur qui teste une objection juge uniquement si l'objecteur a présenté un raisonnement, article 5.3.3, donc le fond échappe aussi bien au facilitateur qu'au Circle Lead.
La manière de travailler appartient à celui qui exécute. L'article 4 donne à chaque Role Lead l'autorité de prendre toute action et toute décision servant la raison d'être et les redevabilités de son rôle, tant qu'aucune règle de la constitution n'est enfreinte. Le développeur du début de cet article a donc raison. Un Circle Lead qui impose un choix technique à l'intérieur d'un autre rôle sort de son autorité.
Le canal ascendant lui est fermé. L'article 5.1.1 l'écrit noir sur blanc : qui sert de Circle Lead à un cercle ne peut pas en être le Circle Rep. Le rôle qui porte les tensions du cercle vers le cercle englobant revient à quelqu'un d'autre, élu par le cercle.
L'emploi sort du cadre. La constitution 5.0 reste muette sur le salaire, l'embauche et le licenciement. Retirer une assignation laisse la personne dans l'organisation, avec ses autres rôles. Ce qu'il advient de son contrat relève des systèmes en place avant la ratification, que le préambule maintient en vigueur.
Le cercle peut aussi le désarmer. L'article 1.4.5 autorise un cercle à retirer à son propre Circle Lead n'importe quelle redevabilité, n'importe quel domaine et n'importe quelle autorité, en la plaçant sur un autre rôle ou en définissant un autre moyen de l'exercer. Deux protections subsistent : le cercle doit conserver le Circle Lead Role, et il doit en laisser la raison d'être intacte.
Le cercle d'ancrage, lui, n'a aucun Circle Lead, sauf si une politique en décide autrement. C'est l'article 1.3.3, et il surprend souvent les dirigeants qui viennent d'adopter le modèle.
Le lundi matin d'un Circle Lead
9 h 10. Le rôle Support est vacant depuis un départ. L'article 1.4.2 en fait le Role Lead par défaut, donc il traite les demandes lui-même ou il assigne quelqu'un dans la journée.
9 h 40. Deux rôles réclament la même semaine de développement. Il tranche, comme l'article 1.4.3 l'y autorise. Son arbitrage porte sur l'ordre de passage, et la manière de faire reste au rôle qui exécute.
10 h 30. On lui demande de valider une refonte de la page tarifs. Le domaine appartient au rôle Marketing. Sa réponse tient en une phrase et en un nom de rôle.
14 h. Il remarque que deux rôles se marchent dessus sur la relance des impayés. Il ajoute un point à l'ordre du jour de la prochaine réunion de gouvernance. En séance, sa proposition passera par les six étapes du processus intégratif, comme celle de n'importe qui.
17 h. Il relit la stratégie qu'il a publiée le mois dernier. Trois décisions de la semaine la contredisent, donc il la réécrit et l'annonce au cercle.
Une journée de Circle Lead contient beaucoup d'assignations et d'arbitrages, et très peu de validations.
Comment on devient Circle Lead
Le rôle se transmet par assignation. Le Circle Lead d'un cercle est la personne qui tient le rôle englobant dans le cercle du dessus, et c'est le Circle Lead de ce cercle du dessus qui l'y a assignée en vertu de l'article 1.4.1. La chaîne remonte ainsi jusqu'au cercle d'ancrage.
Les trois autres rôles constitutionnels suivent l'autre voie. Le Circle Rep, le facilitateur et le secrétaire arrivent par le processus électoral intégratif, détaillé dans notre article sur l'élection sans candidat. La version 4.1 interdisait au Lead Link de se faire élire facilitateur ou Rep Link. La 5.0 a levé la première interdiction et gardé la seconde.
Un cercle peut aussi compter plusieurs Circle Leads. Il suffit que le rôle englobant soit tenu par plusieurs personnes, ce que l'article 1.4.1 permet explicitement. L'article 5.3.6 en tire les conséquences pratiques en désignant, parmi eux, « le premier à se déclarer » quand un suppléant devient nécessaire.
Manager et Circle Lead, ce qui change
| Manager classique | Circle Lead | |
|---|---|---|
| Qui décide comment le travail se fait | Le manager valide | Le Role Lead, article 4 |
| Qui change le périmètre | Le manager, avec les RH | Le cercle, en réunion de gouvernance |
| Qui assigne les personnes | Le manager | Le Circle Lead, article 1.4.1 |
| Qui arbitre les priorités | Le manager | Le Circle Lead, article 1.4.3 |
| Qui couvre un poste vacant | Le recrutement, plus tard | Le Circle Lead, immédiatement, article 1.4.2 |
| Ce qui suit la personne | Le titre et le niveau | Une assignation révocable, sans effet sur le contrat |
| Le recours de l'équipe | Le manager du manager | Une proposition en gouvernance, ou le Circle Rep |
La bascule reste inconfortable pendant quelques mois. Les questions techniques continuent d'arriver au chef, et la bonne réponse devient un nom de rôle. Les demandes d'arbitrage arrivent aussi, et une bonne part d'entre elles relève désormais de la gouvernance. Le réflexe le plus coûteux consiste à se taire en réunion pour laisser la place aux autres, parce qu'un Circle Lead silencieux laisse ses tensions s'accumuler pendant que le cercle croit que tout roule.
Quand le pouvoir se reconcentre sur le Circle Lead
Le reproche le plus solide adressé au modèle vise ce rôle. Steve Denning décrivait l'holacratie dans Forbes, le 23 mai 2015, comme « une hiérarchie sous stéroïdes, avec cette réserve qu'il s'agit d'une hiérarchie sans personnes portant le titre de chef ». Les cercles restent emboîtés, et la chaîne d'assignation descend bien du sommet.
La recherche française observe le même mouvement dans un cadre voisin. Patrick Gilbert, Ann-Charlotte Teglborg et Nathalie Raulet-Croset, dans Gérer & Comprendre en mars 2017, relèvent que l'aplatissement de la hiérarchie renforce l'image du dirigeant. Quand les échelons intermédiaires disparaissent, tout arbitrage remonte à la figure qui reste. En holacratie, cette figure porte un nom et une liste d'autorités écrites, ce qui la rend au moins discutable.
La constitution garde aussi une porte de secours vers le haut. L'article 5.5.2 (d) autorise le facilitateur du cercle supérieur, pendant une rupture de processus, à assigner un Circle Lead supplémentaire dont les décisions l'emportent sur celles des autres. Le mécanisme est temporaire et encadré, et il existe.
Le contrepoids tient dans deux articles. Le 1.4.5 laisse un cercle déplacer les autorités de son Circle Lead vers un autre rôle, par exemple en confiant les assignations à un rôle Recrutement. Le 5.1.1 donne au cercle un porte-parole vers le haut que le Circle Lead ne peut pas occuper.
Un cercle qui laisse ces deux articles en sommeil se retrouve avec un manager qui a changé de nom. Cette configuration existe, et un signe simple la trahit : le nombre de propositions passées en réunion de gouvernance sur l'année. Un cercle qui n'en produit aucune a renommé son autorité au lieu de la distribuer.
Prendre le rôle sans reproduire l'ancien
- Écrire la raison d'être et les redevabilités du rôle englobant avant d'assigner qui que ce soit. Le Circle Lead hérite de tout ce que les autres rôles ne couvrent pas, donc un rôle englobant flou lui remet l'intégralité du travail.
- Publier les stratégies au lieu de les garder en tête. Une stratégie écrite se discute et se conteste en gouvernance, une préférence implicite se subit.
- Tenir l'élection du Circle Rep dans les premières semaines. Le cercle gagne un canal vers le cercle englobant que le Circle Lead ne contrôle pas.
- Déléguer les assignations dès que le cercle dépasse une dizaine de personnes, par une politique qui place cette autorité sur un autre rôle.
- Compter les propositions traitées chaque trimestre. Zéro proposition signale une structure que personne n'ose toucher.
Faire vivre ce rôle dans Rolebase

Rolebase reprend cette mécanique sans demander de ratifier un texte. Chaque rôle porte sa raison d'être, son domaine, ses redevabilités, sa checklist et ses indicateurs, et tout rôle qui en contient d'autres se comporte comme un cercle holacratique.
L'option « Représente son rôle parent (lien) » traduit le lien constitutionnel dans l'organigramme. Un rôle coché de cette manière fait de ses occupants les représentants du rôle parent, et ce sont eux qui en deviennent les leaders au sens des permissions.
Le mode de gouvernance décide qui touche à l'organigramme. En mode Libre, tous les membres éditent. En mode Agile, le leader d'un rôle modifie les rôles qu'il contient et y assigne des membres. En mode Stricte, toute modification de structure passe par une proposition, qui réunit la décision soumise au vote et les changements d'organigramme préparés d'avance, appliqués une fois l'accord obtenu. C'est ce mode qui se rapproche le plus de l'article 5.2.
Les rôles de base servent aux quatre rôles constitutionnels. Vous créez une fois Circle Lead, Circle Rep, facilitateur et secrétaire, puis vous les réutilisez à plusieurs endroits de l'organigramme. Une modification du rôle de base se répercute partout, et seuls les propriétaires de l'organisation peuvent l'éditer, ce qui évite qu'une équipe change sans le savoir la définition utilisée ailleurs. Un rôle qui diverge se sépare ensuite de son modèle.
Le guide de mise en place déroule les huit étapes, des paramètres de gouvernance aux propositions. Découvrez les fonctionnalités de Rolebase, ou créez votre organisation gratuitement jusqu'à cinq membres actifs.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre Lead Link et Circle Lead ?
Ce sont deux noms du même rôle. La version 5.0 de la constitution Holacracy, publiée en juin 2021, a remplacé Lead Link par Circle Lead et Rep Link par Circle Rep. Le contenu a changé en même temps : la liste de six redevabilités et le domaine que l'annexe A de la version 4.1 attachait au Lead Link ont disparu, remplacés par une règle unique. Le Circle Lead Role porte la raison d'être du rôle qui le contient et les redevabilités de ce rôle que les autres rôles du cercle ne couvrent pas.
Le Circle Lead est-il un manager ?
Il en garde deux attributs et en perd trois. Il assigne les personnes aux rôles de son cercle et arbitre les priorités entre ces rôles. En revanche, la manière de faire le travail revient à chaque Role Lead selon l'article 4, la structure des rôles se change en réunion de gouvernance où il compte pour une voix, et le salaire comme le contrat sortent du champ de la constitution.
Qui nomme le Circle Lead ?
Le Circle Lead du cercle englobant. Occuper un rôle fait de vous le Circle Lead du cercle qui se trouve à l'intérieur de ce rôle, et l'article 1.4.1 réserve les assignations au Circle Lead du cercle où vit ce rôle. La désignation descend donc du cercle d'ancrage, à la différence du Circle Rep, du facilitateur et du secrétaire, qui sont élus par le cercle.
Un cercle peut-il avoir plusieurs Circle Leads ?
Oui. L'article 1.4.1 autorise l'assignation d'un même rôle à plusieurs personnes en même temps, et chacune devient alors Circle Lead du cercle intérieur. L'article 5.3.6 anticipe le cas en désignant le premier d'entre eux à se déclarer quand un suppléant de facilitateur ou de secrétaire devient nécessaire.
Le Circle Lead peut-il retirer un rôle à quelqu'un ?
Oui, à tout moment, sauf si le cercle a adopté une politique qui l'encadre ou qui déplace cette autorité vers un autre rôle. L'article 1.4.1 le prévoit explicitement. La personne conserve ses autres rôles et sa place dans l'organisation, puisque la constitution ne traite ni du contrat de travail ni de la rémunération.
Quelle différence entre Circle Lead et Circle Rep ?
Le Circle Lead descend du cercle englobant et y porte la raison d'être du rôle. Le Circle Rep remonte du cercle vers le cercle englobant, avec pour raison d'être « les tensions qu'il est pertinent de traiter dans un cercle plus large sont sorties et résolues ». L'article 5.1.1 interdit d'occuper les deux dans le même cercle, ce qui garantit que le canal ascendant reste indépendant.
Le Circle Lead peut-il être élu facilitateur ?
Oui depuis la version 5.0. La version 4.1 écartait le Lead Link des élections de facilitateur et de Rep Link. La 5.0 ne conserve que l'exclusion du Circle Rep, et l'article 5.1.2 ouvre l'élection de facilitateur et de secrétaire à tous les membres du cercle, sauf politique contraire.
Ce qu'il faut en retenir
Le Circle Lead détient une autorité réelle et étroite. Il assigne les rôles, arbitre les priorités, couvre les rôles vacants, et la constitution s'arrête là. Le reste du pouvoir managérial classique se répartit entre le Role Lead, qui décide de son travail, et le processus de gouvernance, qui décide de la structure.
La question à se poser avant de nommer quelqu'un porte sur les deux articles qui permettent au cercle de reprendre la main, le 1.4.5 et le 5.1.1. Un cercle qui les laisse dormir a gardé son manager et changé l'étiquette.